François Bayrou a exclu tout retour de l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans, sur les ondes de France Inter.
Pourtant, sous pression d’une censure mais se parant d’une volonté de dialogue et de main tendue au mouvement social, le premier ministre avait proposé une concertation avec les syndicats, il y a deux mois à peine. Il a finalement mis un terme à ces discussions avant les conclusions, de façon autoritaire et arbitraire, refusant que le cœur du problème soit examiné.
Alors que la démocratie est déjà bafouée depuis le mois de juin 2024 et le coup de force présidentiel niant le résultat des urnes, Bayrou y rajoute le cynisme et l’arrogance.
Le MEDEF est une nouvelle fois satisfait et ne s’est pas fait prier, appelant à suivre l’exemple du Danemark qui a repoussé l’âge légal de départ à 70 ans. Profitant de l’aubaine, la droite et l’extrême droite osent même donner le fond de leur pensée : en finir avec le modèle social par répartition et offrir le magot de la protection sociale aux fonds de pension avec le projet de capitalisation. Ils omettent pourtant de dire qu’avec ce choix d’épargne, on sait ce qu’on cotise, mais jamais ce qu’on reçoit, les sommes étant soumises aux aléas de la spéculation financière et du rendement des placements financiers.
Alors que la réforme a été adoptée aux forceps par 49.3, malgré une mobilisation sociale d’ampleur et exemplaire, ce refus de la rediscuter est une nouvelle trahison pour les travailleurs et les travailleuses.
Les organisations syndicales avaient pourtant accepté de jouer le jeu de la concertation, via un ‘’conclave’’, sachant d’emblée que les dés étaient sans doute pipés. Le premier ministre vient de refermer la porte violemment. Parti d’une discussion sur l’application sur la réforme des retraites, il s’agit désormais de prévoir son…accélération ! Evacués la question de la pénibilité, des carrières longues, des injustices structurelles pour les femmes…
Priorité à la guerre… Les tensions internationales se trouvent donc instrumentalisées et servent de prétexte à ce renoncement.
Après avoir asséné pendant des mois de préparation budgétaire que l’heure était à la réduction de la dépense publique, voici venu le temps de la préparation à l’économie de guerre. Notre nation doit désormais se sacrifier et mettre de côté les besoins en termes d’éducation, d’hôpital, de culture, de services publics pour orienter tous ses deniers vers les dépenses militaires.
La manipulation est grossière. Et pourtant, loin d’être alarmiste, le rapport du Conseil d’orientation des retraites de juin 2024 établissait que le déficit du système s’établissait à 15 milliards pour 2030, somme à mettre perspective avec les crédits à 50,5 milliards d’euros, de la mission Défense ou bien encore avec les 200 milliards d’aides publiques aux entreprises sans contrôle de l’efficacité.
Oui, une autre réforme juste est possible, plaçant l’âge de départ à 60 ans, s’appuyant sur la justice fiscale, l’égalité salariale femmes-hommes, la lutte contre la fraude sociale patronale. Cette perspective ne se gagnera pas dans un conclave où le gouvernement joue main dans la main avec le patronat.
C’est un mouvement puissant qui pourra l’imposer, posant le débat des conditions et du sens du travail pour les producteurs d’aujourd’hui et d’un juste temps libéré après des années de dur labeur. Un temps utile pour soi, les siens et la société.