Stand Up for Science

21 Mar 2025

Sur le plan international comme sur le plan national, Trump a décidé de semer le chaos pour son deuxième mandat. 

Après avoir, dès les premiers jours, annoncé le retrait des Etats-Unis de l’organisation mondiale de la santé (OMS), donnant le ton de son rapport aux sciences, il a décidé de faire la peau à la recherche scientifique.

Financements suspendus ou supprimés, données rendues inaccessibles, intimidations, menaces, licenciements dans les agences fédérales y compris au sein de la NASA, suppression des archives, interdiction d’utiliser certains mots, les méthodes sont brutales. Le travail mené pendant des années est réduit à néant, l’avenir des professeurs et des étudiants est menacé. 

Après la chasse aux sorcières de l’ère maccarthyste, voici la chasse aux chercheurs de l’ère trumpiste.  

Les critères de Trump sont clairs : tout ce qui relève pour lui de l’idéologie ‘’wokiste’’ est ciblé, à savoir les recherches sur le réchauffement climatique, sur le féminisme, les minorités, les études proche-orientales… Ces mots-clés, repoussoirs pour l’extrême droite outre-Atlantique, sont même supprimés du vocabulaire et des milliers d’articles y faisant référence sont supprimés des bases de données et des moteurs de recherche. A défaut de combattre une idée, on essaie de la masquer voire de la supprimer. Belle conception de la part des chantres auto-proclamés de la liberté d’expression…

Pour le Président des Etats-Unis, au mieux, ces travaux sont des inepties, au pire, elles représentent une dangereuse menace civilisationnelle, à l’exact opposé de son monde idéal, fait de virilisme et de LGBT phobies, de climato-sceptisme, de racisme. Bref, un monde rétréci et normatif, où toute différence fait l’objet d’attaques, où toute critique de l’ordre établi et dominant est suspecte.. 

L’impact et les conséquences vont être mondiales puisque selon des scientifiques, sur les cinq dernières années, pour les sciences du climat, 23 % des articles scientifiques parus dans les revues de référence provenaient de chercheurs basés aux Etats-Unis, soit autant que la Chine, là où la France ne regroupe que 5 % des articles.

Au-delà des domaines ciblés dont on connaissait l’aversion présidentielle, ce qui est très inquiétant, c’est l’attaque même contre le monde de la recherche et les libertés académiques par une ingérence gouvernementale. Cela révèle l’anti-intellectualisme ambiant, rappelant d’autres époques et d’autres traditions américaines, et témoigne d’une remise en cause de certains consensus scientifiques autour de faits établis. Trump veut annihiler toute capacité de réfléchir, de questionner. Dans son monde, il n’y a pas de place pour les savoirs, la connaissance, la compréhension, ennemis par essence des vérités alternatives et réactionnaires. De ce fait, tout progrès, toute avancée moderne devient impossible. 

Défendre les valeurs traditionnelles américaines, tel est décidément le leitmotiv de ce deuxième mandat, empreint d’obscurantisme et de capitalisme.

Face à cette censure d’Etat et cette purge des intellectuels, la riposte s’organise notamment autour du mouvement ‘’Stand Up for Science’’. 

En France, alors que l’enseignement supérieur et la recherche subissent également des coupes budgétaires importantes, la solidarité se crée pour accueillir les cerveaux en fuite, malgré l’interdiction par les Etats-Unis d’entrer en contact avec leurs homologues français. 

Si bien évidemment, cette solidarité est la bienvenue, on ne peut que regretter qu’une nouvelle fois, il existe une ‘’bonne’’ et une ‘’mauvaise ‘’ immigration… selon le niveau de diplôme et le pays d’origine. De même, notre pays incarnant pourtant l’esprit des Lumières, n’est en la matière pas le meilleur élève puisque des censures existent également pour des recherches qui paraissent un peu trop islamo-gauchistes…..

Ce mouvement est profond et préoccupant. Il est une alerte pour tous les progressistes montrant la bataille idéologique et culturelle à l’œuvre et que les attaques de l’extrême droite ne sont pas une vue d’esprit mais se manifestent pas des mesures concrètes et immédiates. 

Sans recherche et sans questionnement, la place est libre pour la manipulation des esprits et des masses.  

Gaston Bachelard disait : « La science, dans son besoin d’achèvement comme dans son principe, s’oppose absolument à l’opinion ».

Articles les plus lus

Thèmes associés

Dans la même catégorie

Dans les autres catégories