Le 28 février dernier, dans le bureau ovale, Trump franchissait un cap de violence et d’indécence, en humiliant publiquement le président ukrainien.
Une charge irresponsable, menée à deux contre 1, qui marque un tournant historique et est le signe une « géopolitique de l’intimidation » pour reprendre les termes du politologue Frédéric Charillon.
En toute conscience, devant le monde entier, Trump venait de trahir les Ukrainiens et d’apporter un soutien de poids à Vladimir Poutine, rompant avec les équilibres diplomatiques existant depuis 1945.
Avec ce renversement d’alliances et cette nouvelle démonstration de force, Trump montre depuis qu’il déroule tranquillement sa feuille de route : bousculer l’ordre mondial quitte à engendrer le chaos, en se rapprochant de Poutine, et reléguer au second plan ses alliés de l’Union Européenne, considérant de toute façon que l’Europe a été créée « pour emmerder les Etats-Unis »
Malgré ces signes, Trump fait mine de chercher le chemin de la paix. Il y a quelques jours, ça devait être THE rendez-vous. Nous allions voir ce que nous allions voir. Trump allait appeler Poutine et obtenir un cessez-le-feu en Ukraine. Si le coup de fil a bien eu lieu, le résultat de cet échange est plus que limité et inquiétant.
D’une part, sur la forme, car malgré la faiblesse du contenu, Trump s’en enorgueillit, persuadé d’être l’homme de la paix.
Sur le fond, puisque cet accord ne porte que sur l’arrêt des frappes sur les infrastructures énergétiques, durant 30 jours, dans un contexte de fin de l’hiver, le rendant de fait beaucoup moins nécessaire. De plus, après la crise énergétique de l’été 2024, l’Ukraine a mené des investissements pour renforcer ses infrastructures pour qu’elles soient moins la cible de la Russie.
Cet échange conforte donc Poutine dans sa stratégie de toute puissance, écrasant les Ukrainiens et la diplomatie mondiale. Moscou ressort encore davantage comme un partenaire ‘’normal’’ comme s’il n’était pas l’agresseur de tout un peuple.
Pendant ce temps, les bombardements ont à nouveau éclaté notamment sur un hôpital dans le nord de l’Ukraine.
Les nouvelles négociations pour un cessez-le-feu complet viennent de débuter en Arabie Saoudite. Un conseiller de Poutine a affirmé hier « Sous la direction des présidents Poutine et Trump, le monde est devenu beaucoup plus sûr aujourd’hui ». Une affirmation péremptoire tout autant que surréaliste.
La part belle est faite aux agresseurs, aux envahisseurs, aux impérialistes, aux populistes, de Poutine à Netanyahou, bafouant le droit international, à des années-lumière de la recherche et de la construction d’une paix durable.
La poutinisation et la trumpisation de la vie politique, la loi de la jungle qui nous sont imposées, avec pour seule perspective celle d’un dessein destructeur, est à l’opposé des valeurs communes qui devraient prévaloir dans l’équilibre mondial pour garantir la sécurité collective.
Quelques jours après le 28 février, Trump annonçait, en cohérence, le gel de l’aide militaire américaine à l’Ukraine. Face à ce désengagement, les pays de l’Union Européenne tentaient de réagir avec un conseil européen de la défense et un plan de 800 milliards d’euros pour réarmer l’Europe.
Pour la France, ce plan suppose de porter à 3 % du PIB les dépenses militaires, soit 40 milliards d’euros annuels supplémentaires. Une préparation psychologique des esprits à l’économie de guerre, une justification rendue inévitable, qui met la surenchère guerrière au-dessus de la désescalade vers un chemin de paix.
Alors que le Parlement vient d’adopter un budget d’austérité, qui fait la chasse à la dépense publique, sacrifie la santé et la protection sociale, l’école, le logement, la culture, les collectivités territoriales, quelques semaines plus tard, la France s’apprête à faire progresser une nouvelle fois ses dépenses militaires.
La course folle vers un réarmement est une impasse totale et dangereuse, notamment pour la jeunesse. « On ne se débarrasse pas de la guerre en faisant la guerre » disait déjà Jaurès.
Loin de cette ambition pacifique, Trump, à base de testostérone a tendu un piège aux Européens, dans lequel, ils sont tombés. Il peut contempler, satisfait, les effets de sa politique et les agitations de ses anciens alliés.
Ce début de second mandat du milliardaire américain marque donc une rupture profonde et ouvre une nouvelle ère géopolitique avec la domination hégémonique de trois puissances : les Etats-Unis, la Russie et la Chine. Les Etats-Unis ont voté, aux côtés de la Russie et de la Corée du Nord, contre une résolution de l’ONU, proposée par les Européens, sur le conflit en Ukraine et la recherche de la paix. Les cartes du monde sont rebattues.
Cette offensive idéologique et diplomatique, va s’accompagner d’une offensive commerciale contre le vieux continent avec l’annonce de l’instauration de droits de douane de 25% sur les produits européens. Cette nouvelle stratégie de guerre commerciale, risque là aussi d’affaiblir l’Europe, prouvant davantage que le libre-échange nous conduit dans le mur.
Il est temps de reconnaitre et d’admettre que le libre-échange et l’atlantisme qui étaient les boussoles de l’Union Européenne sont obsolètes et inopérantes.
Il est temps de retrouver notre indépendance et notre souveraineté, dans tous les domaines (industriel, énergétique, diplomatique) et d’en finir avec le suivisme envers les Etats-Unis, trop longtemps considéré comme le partenaire incontournable.
Cette situation doit être l’occasion de nouvelles coopérations, de nouvelles alliances fondées sur un autre modèle de développement, avec des logiques plus respectueuses et solidaires, notamment avec le Sud Global, où le réchauffement climatique, la préservation de la biodiversité, des ressources, sont mis au cœur des enjeux, et non niés.
A l’heure où les extrêmes droites et les mouvements réactionnaires progressent et menacent le monde, et puisque les règles existant jusqu’ici volent en éclats, profitons-en pour en édicter de nouvelles, en définissant en urgence une véritable politique de paix, garantissant la sécurité collective et l’émancipation des peuples.